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Cela fait quatre mois et demi que la rentrée scolaire 2019-2020 à démarré au Bénin. Les aspirants au métier d’enseignant ont commencé les cours le 30 septembre 2019. Environ 14 semaines après la phase active de cette réforme, voici les confidences d’un enseignant aspirant, qui a requis l’anonymat, sur ses conditions de vie depuis sa prise de fonction.

« Je suis Cossi, enseingant vacataire, devenu aspirant et affecté de Calavi à Parakou. Je n’y avais jamais mis pied de toute ma vie.

Depuis le début de l’année j’ai eu un mois et je ne sais même pas quel mois car c’est à la fin du mois de janvier que j’ai constaté le virement de 3 mois mais à ma grande surprise j’ai constaté le retrait de deux mois de salaire sur mon compte dans la semaine suivant le virement. Je me suis rapproché de la banque et ils m’ont dit que l’ordre venait du trésor public. Vous ne pouvez pas imaginer mon désarroi.

C’est pénible. Je vivote au quotidien avec un poids énorme de dette contractée depuis les trois mois de vacances jusqu’au jour d’aujourd’hui. Les un mois de salaire n’ont servi qu’à payer les dettes que je ne suis même pas arrivé à éponger. Je dois à mon propriétaire de maison, aux vendeuses du quartier, à tout le monde autour de moi.

Je vis très mal mon integration ici. Vous n’êtes pas sans savoir qu’à Cotonou où je faisais la vacation, il y a beaucoup de d’opportunité de cours de maison. Ce qui me permettrait de joindre les deux bouts avec ma petite famille. Me voici ici dans le Bénin profond, zone déshéritée, loin de la famille et sans salaire. Au collège l’ambiance de travail n’est pas mal mais reste à désirer.

D’abord le retard et puis après l’incertitude de percevoir intégralement tous les 9 mois que j’ai signé dans le contrat. Parcequ’ils nous demandent de faire le décompte des heures effectuées à mois et des heures non couvertes. Nous avons eu des jours fériés, des congés et nous aurons tout le mois de juin où nous ne toucherons pas tellement la craie sauf pour entraîner les candidats, il y aurait-il des retranchements ? C’est autant de questions qui me donnent des soucis quotidiens. En salle je fais l’effort de garder le moral haut mais sans te mentir, il arrive des fois où les soucis prennent le dessus agissant ainsi sur ma performance pédagogique. Je me surprends à couler des larmes. Et je ne sais plus ce sont des larmes de douleurs, d’anxiete, de faim ou de désespoir. Je ne sais plus.

Je vois l’avenir très sombre monsieur le journaliste. Car apparemment ce système d’aspiranat ne me donne aucune garantie. Les décisions des autorités changent à tout bout de champ. Les paroles données ne sont pas respectées. Je me demande si vraiment ce système a été bien mûri et bien planifié. Serons-nous reconduits l’année prochaine ? Ou devrais-je démissionner malgré ma volonté de faire ce métier ? Moi je veux franchement faire ce métier. Mais ces conditions sont insupportables. Nous souffrons, alors que nous ne demandons pas grand-chose : juste de quoi manger et tenir. Juste le paiement des salaires des aspirants à temps si possible au même titre que les permanents. Juste une remise des contrats signés à tous les aspirants. Juste une formation pour être plus performants, pour être efficacement utile à la république. Juste ça. Je ne sais pas si c’est déjà trop demander. J’avoue que je ne sais plus ce qui est trop et ce qui est minimal. C’est franchement dur actuellement….très dur…. »
Propos recueillis par T. A.

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